
La réglementation de l’assurance s’est nettement complexifiée depuis 2014. Il ressort d’une étude de l’Institut d’économie de l’assurance de l’université de Saint-Gall que si la Suisse est bien placée dans la comparaison DACH, elle le doit surtout au Swiss Solvency Test. Son application de la réglementation est néanmoins perfectible. Auteur de l’étude, Martin Eling explique pourquoi il ne saurait être question de déréglementation, mais d’une meilleure exécution d’une réglementation adaptée.
«Simpler, bolder, faster»: c’est avec cette formule que l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles AEAPP entend rendre la réglementation plus simple, plus audacieuse et plus rapide. En Suisse aussi, la densité réglementaire s’est accrue. Or, des coupes claires dans la réglementation serait une mauvaise réponse, estime le professeur Martin Eling de l’université de Saint-Gall. Il ressort de sa nouvelle étude sur la réglementation de l’assurance appliquée dans la région DACH que la Suisse s’appuie sur de bonnes bases. À elle désormais de concrétiser sans faillir son approche axée sur des principes et sur les risques.
Il faut nuancer. La réglementation n’est pas excessive en soi: la plupart des prescriptions visent des objectifs de protection légitimes. Notre enquête menée auprès de 51 assureurs de la région DACH met néanmoins en évidence que le nombre de dispositions réglementaires et leur complexité ont augmenté depuis 2014, ceci dans tous les domaines: du capital et de la gouvernance à la durabilité, en passant par la protection des données et la numérisation. La complexité perçue s’élève en moyenne à 4,36 sur une échelle allant jusqu’à 5 – ce qui est beaucoup. Et cela n’est pas sans conséquence: deux tiers des personnes interrogées environ considèrent que la réglementation entrave la libre concurrence, et trois quarts estiment qu’elle freine l’innovation. Les ressources sont donc davantage consacrées à la mise en conformité qu’au développement de nouveaux produits.
La Suisse a très tôt misé sur le bon concept. Avec le Swiss Solvency Test et son approche axée sur les risques, la FINMA vérifie depuis 2011 si un assureur détient suffisamment de fonds propres pour couvrir les risques auxquels il est exposé. Elle s’appuie en cela sur le respect de certains principes plutôt que sur la conformité à des règles. Dans la comparaison DACH, la Suisse arrive en tête dans tous les domaines-clés, meilleure qualité et bénéfice global positif, tandis que l’Autriche et l’Allemagne affichent des valeurs négatives. Le système européen, davantage axé sur les règles, est perçu comme moins flexible. Cette situation de départ constitue un véritable atout concurrentiel. À nous de ne pas l’hypothéquer à la légère.

Tout à fait: le concept est bon, mais sa mise en œuvre s’avère difficile. L’approche fondée sur des principes perd de sa substance au quotidien lorsqu’elle est appliquée avec formalisme. Deux mesures sont particulièrement urgentes. La première porte sur le niveau de détail des contrôles à effectuer et des justificatifs à apporter: il s’agit qu’ils soient proportionnés aux risques considérés. La deuxième concerne les processus de consultation: ils ne sont efficaces que si la manière dont les informations sont prises en compte et les décisions arrêtées est claire et convaincante. C’est précisément là où le bât blesse: la transparence n’est pas optimale dans la comparaison DACH.
Certes, le principe est clair, mais il se heurte aux frais fixes. Une grande partie du travail, à savoir documentation, reporting, informatique, n’a rien à voir avec la taille de l’entreprise et peut difficilement être redimensionné en conséquence. Résultat: les dépenses courantes des petits assureurs s’élèvent à près de 40 600 francs pour 100 millions de primes, celles des grands assureurs à 7400 francs environ, soit une charge relative cinq fois plus importante. C’est ce que nous appelons le déficit de proportionnalité, lequel n’a d’ailleurs pas vraiment évolué depuis notre étude précédente de 2014. À cela s’ajoute une composante humaine: en cas de doute, on préfère exiger un peu plus que pas assez – modérer les exigences demande plus de courage que de les alourdir.
Il ne s’agit pas de déréglementation, mais simplement d’une meilleure mise en œuvre d'une bonne réglementation. Premièrement, il faut graduer les exigences: procéder à des contrôles circonstanciés en présence de risques importants, alléger les obligations dans les autres cas. Deuxièmement, il s’agit d’approfondir le dialogue entre les autorités de surveillance et le secteur et d’en améliorer la transparence; les deux parties y gagneront. Troisièmement, les effets souhaités et les coûts doivent être mesurables: des contrôles d’efficacité contraignants et des évaluations ex post pour les projets importants devraient devenir la norme. Finalement, ce n’est pas la quantité de dispositions réglementaires qui est déterminante, mais leur qualité.
Oui, mais pas telle quelle. La formule s’applique si nous l’adaptons à la réalité suisse: moins de formalisme à niveau de protection équivalent, une plus grande disposition à l’autocritique et une communication plus claire entre l’autorité de surveillance, les responsables politiques et le marché. Pour moi, l’audace signifie avant tout avoir le courage d’examiner d’un œil critique ses propres règles et, si nécessaire, de les abroger. Le contexte est favorable, il ne nous reste plus qu’à tirer parti de la situation.
L’étude «Wirksame Regulierung in der deutschsprachigen Assekuranz» (en allemand uniquement; Une réglementation efficace dans le secteur de l’assurance germanophone) de l’Institut d’économie de l’assurance de l’université de Saint-Gall examine l’efficacité et l’efficience de la réglementation de l’assurance en Allemagne, en Autriche et en Suisse depuis 2014. Elle s’appuie notamment sur un sondage réalisé auprès de 51 assureurs de la région DACH.
Les résultats mettent en évidence une densification et une complexification de la réglementation dans les trois pays. La Suisse s’en sort bien en comparaison: le Swiss Solvency Test est jugé axé sur des principes, adapté aux risques et de conception solide. Les points faibles résident moins dans le modèle que dans sa mise en œuvre. Le principe de proportionnalité, en particulier, n’exerce qu’un effet limité dans la pratique: les charges fixes en matière de documentation, de reporting et d’informatique pèsent de manière disproportionnée sur les assureurs de tailles petite à moyenne. L’étude recommande donc des exigences graduées, des processus de consultation plus transparents et des contrôles d’efficacité réguliers.
Les auteurs de l’étude sont Davide Oertle et le professeur Martin Eling. Parution en 2026 sous le numéro 74 de la série de publications de l’I.VW HSG.
Una politica del rischio zero può sembrare allettante dal punto di vista politico, ma non è né realistica né sensata dal punto di vista economico.

Sandra Kurmann
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