
L’utilisation croissance des technologies numériques comporte des risques considérables en termes de santé mentale, en particulier chez les jeunes. Les mesures réglementaires et la responsabilité du fait des produits gagnent en importance. Avec son règlement sur les services numériques (en anglais, Digital services act; DSA), l’UE entend accroître la responsabilité des fabricants de logiciels et prévenir toute tentative de manipulation des utilisateurs.
Le développement fulgurant des technologies numériques ces dernières années suscite de vives inquié tudes au regard des logiciels addictifs et des risques connexes. Ce phénomène englobe différentes formes de l’addiction numérique. Il convient notamment de mentionner l’utilisation d’Internet en soi, les jeux vi déos et les médias sociaux, particulièrement dans le collimateur. En ce qui concerne les effets d’une con sommation excessive, les comportements observés sont similaires à ceux des personnes dépendantes à des substances traditionnelles.
Types de dépendance numérique
La dépendance numérique, en tant que terme générique, se subdivise en plusieurs catégories.
Addiction comportementale liée à l’utilisation des médias sociaux
Les médias sociaux sont des plateformes qui permettent aux utilisateurs de créer du contenu, de le parta ger et d’interagir les uns avec les autres. Les plateformes de médias sociaux les plus connues sont notam ment TikTok, Snapchat, Facebook, Instagram, Twitter, Pinterest, Reddit ou Discord. La dépendance aux médias sociaux, souvent appelée addiction aux réseaux sociaux, devient de plus en plus problématique. Elle se manifeste par des comportements compulsifs comme le défilement incessant des flux, la recherche d’une validation externe par le biais de likes et de commentaires, ainsi que par une peur accrue de rater quelque chose (fear of missing out, FOMO).
Causes de la dépendance
Les raisons de l’addiction aux médias sociaux sont multiples:
Mécanismes d’addiction:
Le caractère addictif des plateformes numériques est largement attribué à leur mode de fonctionnement. Quelques techniques utilisées par ces plateformes:
La recherche sur les addictions numériques a bien évolué et est passée des premières études descriptives à des analyses neurobiologiques, psychologiques et comportementales circonstanciées.
Des études neuroscientifiques montrent que les médias numériques activent les mêmes systèmes de récompense dans le cerveau que les substances addictives classiques et peuvent ainsi favoriser un désir similaire à celui d’une addiction ainsi qu’une dépendance comportementale.
Il ressort de la recherche en psychologie que les personnes ayant une faible estime de soi, sou mises à un stress important ou manquant de liens sociaux sont particulièrement vulnérables. Des troubles de la concentration, des problèmes de sommeil et des symptômes dépressifs liés à une utilisation intensive des médias sociaux sont de plus en plus souvent observés chez les adolescents.
Des études à long terme révèlent des liens entre une consommation élevée de médias sociaux et un état dépressif, de l’anxiété ainsi que des troubles du sommeil et supposent même une relation réciproque de cause à effet (stress psychologique ↔ utilisation problématique).
Du point de vue des sciences comportementales, il est établi que les plateformes sont conçues de manière à favoriser une utilisation prolongée et fréquente. Elles recourent à des outils comme le renforcement positif ou négatif, la comparaison sociale et l’aversion à la perte, favorisant ainsi un comportement de type addictif.
Dans l’ensemble, les données actuelles confirment l’hypothèse selon laquelle les logiciels addictifs consti tuent un risque social et sanitaire non négligeable, même si des recherches supplémentaires sont néces saires sur leurs effets à long terme, la prévention et le diagnostic.
D’une manière générale, les effets sur la santé mentale font l’objet d’un débat controversé. Les études ne sont pas concluantes. Le camp qui reconnaît un lien possible entre l’addiction numérique et les problèmes psychologiques semble gagner de plus en plus de partisans. L’utilisation compulsive de cette technologie peut se traduire par une augmentation du stress, de l’anxiété et de la dépression. Le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis (HHS Gov) a pointé ces risques du doigt, en particulier chez les jeunes, et a déjà engagé des poursuites judiciaires contre de grandes entreprises technologiques pour leur rôle dans l’encouragement des comportements addictifs.
En réponse à ces risques émergents, les appels en faveur de la prise de mesures réglementaires se multi plient:
Labels de risque d’addiction numérique: Marquage des logiciels présentant un risque d’addiction aux fins d’information des consommateurs.
Cadre réglementaire: Certains projets proposent de traiter les technologies addictives de la même manière que les établis sements financiers d’importance systémique afin que les autorités de surveillance puissent en contrô ler plus sévèrement le fonctionnement.
Lois sur la protection des consommateurs: Certains pays ont commencé à mettre en œuvre des lois visant à protéger les jeunes utilisateurs des pratiques manipulatrices de ces technologies.
Les logiciels addictifs et les médias sociaux posent des problèmes croissants en matière de responsabilité civile, en particulier au regard d’une responsabilité éventuelle liée aux produits.
La nouvelle directive de l’Union européenne relative à la responsabilité du fait des produits défectueux (ProdHaftRL) engage davantage la responsabilité des fabricants de logiciels. Cette directive prévoit que les logiciels, y compris les logiciels autonomes (en anglais, standalone), ont valeur de produits. En consé quence, leurs fabricants peuvent donc être tenus pour responsables si leurs produits sont défectueux ou causent des dommages. Cela concerne également les logiciels addictifs susceptibles de provoquer des dommages psychologiques ou physiques aux utilisateurs.
La conception de plus en plus addictive des services numériques a donné lieu à un débat passionné sur la protection des consommateurs. L’Union européenne travaille actuellement à l’élaboration du règlement sur les services numériques (en anglais, Digital Services Act, DSA), qui vise à créer un espace numérique plus sûr et à responsabiliser les plateformes en ligne quant aux contenus qu’elles hébergent. Cela inclut égale ment des mesures contre les conceptions et les pratiques addictives.
De nombreuses plaintes ont été déposées concernant des logiciels et des médias sociaux addictifs. En voici quelques exemples:
Aux États-Unis, des centaines de plaintes ont été regroupées dans le cadre d’un litige engageant plu sieurs districts (en anglais, Multi-district litigation, MDL) dans le district nord de la Californie. Les plai gnants, parmi lesquels des particuliers, des familles et des organismes publics, affirment que les grandes plateformes de médias sociaux telles que Meta (Facebook et Instagram), ByteDance (TikTok), Snap Inc. (Snapchat) et Alphabet (YouTube) ont délibérément conçu leurs plateformes de manière à induire une dépendance, en particulier chez les jeunes utilisateurs. 2,3 Plusieurs districts scolaires ont intenté des poursuites contre des sociétés de médias sociaux affirmant que ces plateformes ont contri bué à une augmentation des problèmes de santé mentale chez les élèves. Les plaignants réclament des indemnités pour couvrir les coûts des programmes de santé mentale et autres mesures de lutte contre la dépendance aux médias sociaux.
Au Royaume-Uni, l’affaire Molly Russell a attiré une attention énorme sur l’impact des médias sociaux sur la santé mentale. Soulignant le rôle de ces plateformes dans le décès tragique de leur fille, les pa rents de Molly militent en faveur d’un durcissement de la réglementation et d’une responsabilité ac crue des entreprises de médias sociaux.
En Australie, des poursuites judiciaires et des enquêtes administratives ont été menées concernant l’impact des médias sociaux sur la santé mentale. Le gouvernement australien a procédé à des investi gations et rédigé des rapports qui soulignent la nécessité d’une meilleure réglementation et d’une plus grande responsabilité des entreprises de médias sociaux.
Ces poursuites judiciaires et ces mesures ou développements réglementaires reflètent la préoccupation croissante à l’échelle mondiale concernant l’impact des médias sociaux et des logiciels addictifs sur la santé mentale, en particulier chez les jeunes utilisateurs.
Selon la définition des dommages corporels ou l’étendue de la couverture, les prétentions correspondantes sont couvertes par les différentes assurances responsabilité civile (responsabilité civile d’entreprise et/ou professionnelle).
En ce qui concerne les dommages pécuniaires, les assurances D&O et les assurances responsabilité civile professionnelle sont particulièrement exposées. D’une manière générale, il faut s’attendre à une multiplica tion des litiges dans toutes les branches de l’assurance responsabilité civile.
Horizon temporel proche à moyen. Cette technologie devrait progresser rapidement. En outre, l’horizon temporel dépend de l’évolution de la législation et de la jurisprudence.
Les risques émergents sont des risques futurs, d'un genre nouveau, qui se profilent à l'horizon avec des contours flous: leur probabilité de survenue et l'ampleur des dommages qu'ils pourraient causer ne peuvent pas encore être évaluées de manière fiable. Contrairement aux risques traditionnels, les risques émergents évoluent de manière dynamique et sur de longues périodes. Leur potentielle ampleur n’est donc souvent perceptible que tardivement – voire a posteriori.
L’ASA procède donc régulièrement à une évaluation et analyse les principales tendances et les défis majeurs pour le secteur de l’assurance. La sélection repose sur les tendances technologiques, sociales et écologiques, les changements réglementaires ainsi que sur leur importance pour la souscription. L’objectif est d'identifier les signaux d’alerte précoce, d’offrir des indications sur les développements futurs et, ainsi, aider les assureurs et les entreprises dans l’évaluation des risques.
Vous trouverez plus d’informations sur ce sujet ici ou dans notre brochure.
Dix risques émergents en bref: impact sur la responsabilité civile et la réassurance, tendances, pression réglementaire et effets sur la souscription et la gestion des risques.

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