
L’indemnité journalière en cas de maladie est-elle malade? Les cas d’entreprises sans couverture dominent le débat. Or, il ne s’agit là que d’un symptôme. Les causes profondes sont ailleurs: dans la multiplication des absences et leur allongement, surtout en cas de troubles de la santé mentale.
Ils ont beau être des cas isolés, les exemples faisant état d’une forte hausse des primes et de petites entreprises dont les collaborateurs ne sont plus couverts par une assurance d’indemnités journalières en cas de maladie suscitent, à juste titre, l’inquiétude. Dans ce contexte, le Parlement débat actuellement d’une mesure visant à rendre cette couverture d’assurance obligatoire. À première vue, c’est une bonne chose; or, pour que le «traitement» produise des effets sur la durée, il faut dès maintenant s’attaquer au problème à la racine
28 000 francs, c’est le coût d’un arrêt de travail dû à des troubles de la santé mentale en moyenne et donc l’un des principaux facteur de coûts en indemnités journalières en cas de maladie.
Christoph Bühler,
Leiter Personenversicherungen bei Zurich
À première vue, c’est une bonne chose; or, pour que le «traitement» produise des effets sur la durée, il faut dès maintenant s’attaquer au problème à la racine.
«La hausse des primes d’assurance n’est qu’un symptôme», estime Reinhard Schmid, responsable P&C Clients Entreprises à AXA: «le véritable problème, c’est la multiplication des jours d’absence». En Suisse, les assureurs sont tenus de proposer des primes adaptées au risque: si les absences augmentent, ils sont contraints de revoir leurs primes en conséquence. Sans compter que ces absences génèrent aussi une charge supplémentaire pour les entreprises, souligne Christoph Bühler, responsable des assurances de personnes auprès de Zurich: «elles entraînent des pertes de productivité, des frais pour le recrutement de remplaçants, des complications organisationnelles, une baisse de la qualité et des retards».
À la recherche de causes, les troubles psychiques détonnent: en forte progression, surtout depuis la pandémie de coronavirus, ils s’inscrivent plus souvent sur de longues durées – ce qui induit des coûts plus élevés. Selon Reinhard Schmid, les absences dues à des causes psychiques constituent l’un des principaux facteurs de coûts en assurance collective d’indemnités journalières – et entraînent un coût moyen de 28000 francs par cas, soit près de 8 pour cent de plus qu’en 2019. Cette majoration s’explique aussi par d’autres évolutions sociétales et démographiques encore, comme le vieillissement de la population ou une sédentarité accrue. Conjugués, ces phénomènes se traduisent par une multiplication et un allongement des absences, y compris dans le tertiaire.
Pour être durablement efficace, un traitement doit s’attaquer au problème à la racine. Concernant l’indemnité journalière en cas de maladie, il s’agit de promotion de la santé (mentale) – et donc, de prévention. En l’espèce, une approche holistique s’avère la plus efficace, comme l’explique Christoph Bühler. Cela commence par un environnement de travail sain, des cadres formés à la gestion du personnel et à l’identification des signes de surmenage. Enfin, les collaborateurs eux-mêmes ont un rôle essentiel à jouer: mode de vie sain, gestion de leur stress et renforcement de leur propre résilience. Des offres existent, souligne Reinhard Schmid: il s’agit de les coordonner intelligemment, de les appliquer avec pragmatisme et de veiller à ce qu’elles soient abordables, en particulier pour les PME.
Combler des lacunes sans créer d’effets pervers ni restreindre inutilement la liberté de choix.
Christoph Bühler,
Leiter Personenversicherungen bei Zurich
Comme les arrêts de travail ne sauraient être totalement évités, il convient de limiter leur durée par des mesures de réinsertion efficaces, notamment par l’encouragement d’un retour partiel au travail. À cet effet, souligne Christoph Bühler, la réintégration doit être progressive, bien planifiée, accompagnée de près et en adéquation avec la réalité du poste.
Parallèlement, il faut réfléchir à une solution pour les cas extrêmes, rares, mais bien réels. «Il s’agit surtout d’identifier une solution de qui n’arrivent pas à trouver d’assurance IJM», explique-t-il. Une procédure de désignation va être introduite dans la convention de libre passage afin que les entreprises concernées ne se retrouvent pas démunies. Christoph Schmid souligne que cette modification permet de combler une lacune «sans créer d’effets pervers ni restreindre inutilement la liberté en matière d’offres».
En fin de compte, c’est comme en médecine: les symptômes doivent être pris au sérieux, mais le traitement doit s’attaquer à la racine du problème et miser sur la réinsertion et la prévention. Avec le filet de sécurité prévu dans la convention de libre passage, les assureurs garantissent un traitement, même aux symptômes les plus inquiétants.
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