
L’évaluation des risques revêt une grande importance pour les assurances privées de personnes. Au regard des notions de sélection et antisélection, l’appréciation des risques et l’examen médical sont des étapes incontournables. Le présent article évoque aussi les différentes méthodes d’évaluation des risques en assurance et leur déroulement en fonction de la branche d’assurance considérée.
L’idée maîtresse de l’assurance repose sur le principe de la solidarité avec comme devise «Un pour tous, tous pour un». Cet adage produit pleinement ses effets en assurance sociale. L’assurance-invalidité, par exemple, couvre l’ensemble de la population suisse dès la naissance. Il n’est pas possible de refuser d’y adhérer. Dès lors, l’évaluation des risques s’avère superflue, car cette adhésion obligatoire génère automatiquement un collectif d’assurés qui reflète l’ensemble de la population avec son large éventail de risques. De plus, les conditions applicables sont les mêmes pour tous; la somme d’assurance ne peut pas y être déterminée en fonction de besoins individuels. Les probabilités d’invalidité des personnes assurées correspondent ainsi à celles de l’ensemble de la population.
Il en va autrement des assurances facultatives, par exemple en assurance-vie privée. Lorsqu’une assurance est facultative, elle attire essentiellement les personnes qui se considèrent comme particulièrement exposées aux risques considérés, en l’occurrence ici, la maladie, l’invalidité ou le décès. Sans mesure de précaution, ce phénomène dit d’antisélection se traduirait pour un tel collectif de personnes assurées à titre facultatif par un taux de sinistralité bien supérieur à celui de la population globale. Cela entraînerait inévitablement l’augmentation des primes et, le cas échéant, leur adaptation récurrente. Les «bons risques» ne seraient plus vraiment enclins à acquitter des primes élevées pour couvrir leur propre risque qu’ils estiment faible et quitteraient dès lors progressivement le collectif des assurés. Non seulement, une telle évolution s’accompagnerait de nouvelles hausses de primes et ne manquerait pas de causer la ruine de certains assureurs, mais elle signifierait aussi, au final, purement et simplement la fin de l’assurance privée.
Différents outils permettent de prévenir un tel comportement axé sur l’intérêt individuel, par exemple:
Ces mesures présentent toutefois l’inconvénient d’être trop générales et pas assez efficaces en présence de cas particuliers. Différer l’adhésion n’a par exemple guère de sens dans le cas de maladies chroniques et dégénératives. Les clauses d’exclusion comportent également leurs points faibles et peuvent entraîner des problèmes d’interprétation ainsi que des injustices: si un diabète de type 2 et ses complications étaient exclus de la couverture, une insuffisance rénale ou un infarctus du myocarde survenant à une date ultérieure pourraient donner lieu à un désaccord quant à la question de savoir si cette maladie rénale ou cardiovasculaire a été causée par le diabète précédemment exclu.
Une appréciation individuelle des risques est la solution la mieux adaptée, car elle permet d’examiner la situation de chaque personne en termes d’exposition aux risques et de définir les conditions d’acceptation au cas par cas. Des surprimes viennent compenser l’aléa accru que représentent les personnes dont le risque de mortalité ou de morbidité est nettement supérieur à la moyenne statistique du collectif de personnes assurées et qui ne peuvent dès lors bénéficier d’une couverture à des conditions standards.
Il faut savoir qu’en Suisse, moins d’un pour cent des propositions sont refusées en assurance-vie individuelle et moins de dix pour cent des contrats sont assortis de surprimes de risque ou de réserves. En assurance-vie collective (prévoyance professionnelle), ces chiffres sont nettement plus bas encore.
Il convient de préciser au préalable que toute forme d’appréciation des risques ne peut avoir lieu qu’avec le consentement de la personne à assurer. Les propositions d’assurance contiennent donc une déclaration de consentement généralement formulée comme suit:
«En outre, la compagnie d’assurances XYZ est autorisée à se procurer auprès des autorités et de tout autre tiers les renseignements dont elle a besoin dans le cadre de la conclusion du contrat, de son exécution ou du règlement d’un sinistre. En particulier, par sa signature, la personne à assurer autorise les médecins traitants, les hôpitaux et autres tiers à fournir au service médical de l’assurance XYZ toutes les informations nécessaires en rapport avec la proposition d’assurance et la bonne exécution du contrat. À cette fin, elle délie expressément les personnes et institutions susmentionnées de leur secret professionnel.»
Les sinistres donnant lieu à des prestations d’assurance substantielles pèsent naturellement davantage sur le collectif des personnes assurées. L’évaluation des risques est donc plus approfondie en présence de sommes d’assurance élevées que dans le cas contraire.
La déclaration de santé en constitue la forme la plus simple. Le proposant signe par exemple une attestation libellée comme suit:
«Je déclare être en bonne santé et en pleine possession de mes capacités de travail.»
Cette déclaration de base peut être complétée à volonté:
«Je déclare être en bonne santé et en pleine possession de mes capacités de travail. Par ailleurs, je ne prends aucun traitement médicamenteux régulier.»
Le niveau suivant consiste en un questionnaire auquel la personne à assurer doit répondre. Le nombre et la teneur des questions varient d’une compagnie à l’autre en fonction de la somme d’assurance et du produit assuré.
Le troisième niveau comprend l’examen médical et est applicable en cas de sommes d’assurance élevées à très élevées. La personne à assurer est invitée à prendre rendez-vous auprès d’un médecin de son choix. Ce dernier procèdera à l’examen médical en se conformant aux directives de la compagnie d’assurances. L’examen s’appuie sur le Rapport de l’examen médical de quatre pages des Sociétés suisses d’assurances sur la vie. Le médecin interroge la personne à assurer sur ses antécédents et consigne l’anamnèse de cette dernière ainsi que les résultats de l’examen clinique. Ce document est utilisé par tous les assureurs-vie suisses ainsi que par d’autres assureurs de personnes.
En fonction du montant des prestations assurées et de l’âge de la personne à assurer, cet examen médical est complété par des analyses en laboratoire, voire par d’autres types d’examens complémentaires.
La plupart du temps, l’assureur arrive à prendre une décision sur la base des documents mentionnés. Toutefois, si la personne à assurer déclare des antécédents médicaux qui ont un impact en termes d’assurance, il faut alors contacter le médecin traitant pour obtenir des informations récentes et fiables au niveau médical.
L’évaluation du risque s’appuie en particulier sur le diagnostic précis, informations complémentaires comprises, comme:
L’assureur doit pouvoir partir du principe que les renseignements récoltés dans le questionnaire et issus de l’examen sont récents, exhaustifs et qu’ils reflètent fidèlement la situation. Cela est dans l’intérêt de l’ensemble des membres du collectif de personnes assurées, lesquelles ont droit à un traitement égalitaire et équitable. En cas de déclarations mensongères ou incomplètes de la part de la personne à assurer, l’assureur est habilité à résilier le contrat, conformément aux articles 4 et 6 de la LCA. Une telle dénonciation contractuelle peut s’avérer lourde de conséquences pour la personne à assurer ou la personne bénéficiaire. En effet, en cas de sinistre, elle risque de se voir refuser le versement des prestations d’assurance juste au moment où elle en a grand besoin.
La responsabilité juridique du professionnel de santé quant à la véracité, l’objectivité et l’exhaustivité des informations fournies est régie à l’art. 398 CO: le médecin agit dans le cadre d’un «mandat simple» et «est responsable envers le mandant de la bonne et fidèle exécution du mandat».
La souscription étant facultative, le risque est systématiquement apprécié au regard de la somme à assurer. Pour les sommes d’assurance modestes, il suffit de remplir un questionnaire de santé. Pour des sommes d’assurance plus élevées et en fonction de l’appétence au risque de la compagnie, des examens médicaux plus poussés sont nécessaires. D’après les estimations,
3 à 5 pour cent des contrats nécessitent un examen médical. Ce chiffre varie d’une compagnie d’assurances à l’autre et reflète la gamme de produits, le groupe cible et, enfin, la propre philosophie de souscription de celle-ci.
La prévoyance professionnelle est régie par la loi. Au niveau des prestations obligatoires, aucune surprime de risque ni aucune restriction de couverture ne sont autorisées. Les risques n’ont donc pas besoin d’être évalués. Même dans le cadre des prestations surobligatoires, le risque d’antisélection est faible, car un collectif est généralement assuré conformément à un plan de prévoyance, et aucun individu ne peut demander de couverture personnalisée. En conséquence, l’appréciation du risque vise essentiellement à garantir que le collectif d’assurés ne bénéficie pas de prestations trop élevées à un tarif insuffisant. En Suisse, les directives en matière d’acceptation et les limites d’examen varient considérablement d’un assureur ou d’une institution de prévoyance à l’autre. Pour les groupes/entreprises/collectifs de petite taille, le risque subjectif est plus élevé que pour les groupes/entreprises/collectifs de grande taille. Dans le cas des entreprises de grande taille, il n’est pas possible de tenir compte des problèmes de santé des uns et des autres lors de l’élaboration du plan de prévoyance. En revanche, les propriétaires d’une PME pourraient, en théorie, tout à fait procéder à des ajustements en fonction de leur propre situation personnelle. L’appréciation du risque dépend donc non seulement des prestations assurées, mais aussi de la taille de l’employeur.
Moins de 1 pour cent des personnes couvertes par une assurance collective sont invitées à se soumettre à un examen médical.
Cette branche d’assurance ne relève d’aucune obligation légale. Les conditions d’affiliation dépendent généralement de la taille de l’entreprise et du salaire à assurer. Si un chef d’entreprise souhaite s’assurer conjointement avec le personnel de sa petite entreprise et garantir ainsi le versement d’une indemnité journalière dont il a lui-même fixé le montant, il lui est presque toujours demandé de remplir au moins un questionnaire au regard du risque d’antisélection.
En revanche, dans le cas des grandes entreprises où l’assurance s’aligne sur le plan de prévoyance et la masse salariale, tous collaborateurs confondus, il arrive qu’aucun questionnaire ne soit requis en dépit du volume conséquent des sommes en jeu. Une déclaration de santé est toutefois toujours nécessaire.
Formés en conséquence, les collaborateurs du service médical de la compagnie sont chargés de l’évaluation des questionnaires et complètent parfois les résultats obtenus avec des informations déjà disponibles issues de contrats antérieurs et de sinistres. Au besoin, ils recueillent des renseignements complémentaires auprès du médecin traitant. Les cas clairs et simples sont évalués par la personne chargée de la souscription des risques. Les situations plus complexes – en particulier celles accompagnées de résultats d’examens complémentaires tels que des échocardiogrammes et des radiographies – sont soumises à l’appréciation du médecin-conseil de la compagnie.
Comme mentionné au début, les personnes nettement plus susceptibles de décéder de manière prématurée ou de se retrouver invalides en raison d’antécédents médicaux, de problèmes de santé aigus ou chroniques ou de tout autres facteurs de risque doivent s’attendre à des surprimes, à des restrictions, voire à un refus de couverture.
Les surprimes sont calculées en fonction de la surmortalité statistique attendue. De telles surprimes peuvent être temporaires ou permanentes.
La probabilité de survenance de l’événement assuré est statistiquement moins prévisible, car elle est influencée par des éléments subjectifs. En cas de troubles de la santé mentale ou de pathologies accompagnées de symptômes douloureux prononcés (par ex., les maladies rhumatismales), le risque accru ne peut généralement pas être compensé par le simple versement d’une surprime; il donne alors lieu à la formulation d’une clause d’exclusion.
Le calcul de la mortalité et de l’incapacité de gain (morbidité) s’appuie sur:
Sur cette base, les principaux réassureurs ont élaboré des directives de tarification à l’intention de leurs clients – les assureurs directs. Elles permettent une évaluation des risques facile à appliquer, fondée sur des faits objectifs et étayée par des données probantes.
Le bon fonctionnement de l’assurance facultative de personnes est largement tributaire de la qualité des examens médicaux. Au collectif des personnes assurées, ces derniers offrent des primes abordables et adaptées aux risques, et aux personnes assurées en individuel, une couverture d’assurance sur mesure en fonction de leur situation individuelle.